le shôgun et l’anglais mars 31, 2008
Posted by Sylvain A. in Histoire.trackback
Le Japon, pays du soleil levant, où d’audacieux missionnaires mènent un autre combat. La rencontre du shôgun et d’un navigateur anglais, va marquer un tournant dans l’histoire du Japon.
Avril 1600; après deux années de voyage et de terribles épreuves, le pilote anglais William Adams, pense avoir fait naufrage au paradis. Adams est profondément impressionné par la culture raffinée et mystérieuse de cet empire inconnu. Mais l’émerveillement fait bientôt place à la terreur.
Qui le retient prisonnier, et pourquoi ?
Pris dans un terrible typhon, son navire hollandais s’est échoué sur une côte de l’archipel japonais. Seuls quelques membres de équipage ont survécu au naufrage. Les dix neuf canons et les centaines de mousquets retrouvés à bord du navire, suscitent la méfiance des japonais. Les étrangers avaient-ils l’intention d’attaquer le Japon ? Auteur de nombreux best-sellers, Jays Milton connaît bien William Adams. Pendant des années, l’écrivain a exploré les archives anglaises et étrangères, à la recherche d’informations sur cet aventurier, dont il a finalement rédigé une biographie.
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Dès le début, le périple de William Adams s’est entouré du plus grand mystère. Personne ne connaît sa destination exacte. Ni quelle route il compte emprunter. Les commanditaires de l’expédition ; deux banquiers de Rotterdam, assurent qu’Adams se rend dans les Indes orientales, pour ramener des épices. Mais, une toute autre rumeur court dans la ville. On dit que si le Leaveday – le navire d’Adams – est si lourdement armé, c’est parce que sa flotte, a l’intention de mettre la côte espagnole de l’Amérique du sud à feu et sang ; à l’instar de Francise Drak, quelques années auparavant. Mais, il est également probable qu’un homme comme Guy Mallouse, ait déjà en tête le japon. Une île fabuleuse, qu’on dit débordante de richesse. Qu’il veuille prendre la mer, dans l’espoir de faire rapidement fortune.
Les marchants portugais et missionnaires jésuites, sont arrivés au Japon cinquante ans avant William Adams. Lorsque le navigateur anglais débarque dans l’archipel, les portugais jouissent déjà d’un pouvoir et d’une influence considérable. Ils ont en effet, la main mise sur les échanges commerciaux, très lucratifs, entre le Japon et la Chine. L’arrivée de l’anglais et des protestants hollandais, déclanche un vent de panique, dans les rangs des catholiques, qui redoutent de perdre leur monopole commercial. La guerre des religions qui sévit en Europe, va–t–elle s’étendre au Japon ?
Le fieffe des missionnaires portugais au Japon, se trouve à Bunko. Et Adams aura la malchance de s’échouer précisément sur cette côte.
Depuis le milieu du seizième siècle, au péril de leur vie, les jésuites s’efforcent de détourner les moines japonais de leurs rites païens. Sur l’île de Kyushu, dans le sud, ils parviennent à convertir deux souverains. Des princes, qui avec les portugais, se partagent l’important commerce de la soie et de l’argent, avec la chine. Suivis de leurs sujets, les deux souverains se convertissent donc au christianisme. Le plus célèbre d’entre eux, est le puissant roi de Bunko. En remerciement, le souverain reçoit le tout premier canon portugais, importé au Japon ; un avantage décisif dans sa lutte pour le pouvoir.
C’est justement à cause des canons embarqués dans son navire, que William Adams est arrêté. Il est emmené à la forteresse d’Osaka, où il va devoir justifier la présence d’armes lourdes, à bord du vaisseau hollandais. Quel sort lui réserve t-on, dans cette forteresse imprenable ?
Le château grouille de trompes sur le pied de guerre. A l’intérieur comme à l’extérieur, la forteresse et sévèrement gardée. William Adams, est finalement conduit devant Tokugawa Ieyasu. Un souverain qui a sous ses ordres des centaines de milliers de samurais. Un homme, qui d’un coup d’éventail peut rayer de la carte des villages entiers. Ici la soumission au souverain est totale. Pour Adams, la partie s’annonce difficile. Car les jésuites, ont exigé de Ieyasu, l’exécution immédiate de l’anglais.
Pourquoi est-il venu ?
L’aventurier joue son va tout. Il accuse les portugais et les espagnoles, de livrer une guerre de religion injuste, à la hollande et à l’Angleterre. Et de couler leurs navires de commerce, pourtant pacifiques. Adams affirme, que c’est pour cette raison, qu’il n’a pas pu emprunter les voies maritimes habituelles. Qu’il a été contraint de contourner l’Amérique du Sud, en passant par le détroit de Magellan. Un détour, qui l’a obligé à traverser deux océans, et lui a coûter deux ans d’atroces privations. Le missionnaire accuse Adams de mensonge, et exige une nouvelle fois son exécution immédiate.
Qui Ieyasu doit-il croire ? Jamais encore auparavant, il n’avait entendu parlé de guerre de religions en Europe. Ieyasu se laisse le temps de la réflexion. Et c’est en prison qu’Adams attend la décision du souverain.
Ieyasu est un fin stratège, dont la plus grande force est justement de savoir attendre. Pour prendre le pouvoir, il a attendu sa chance pendant plusieurs décennies.
Lorsque le Japon menace de sombrer dans le chaos, il combat en tant que général, au côté du terrible Dobunaga-uda. Son protecteur s’empare des provinces Japonaises, les unes après les autres. Mais avant d’avoir pu conquérir tout le Japon, il est trahi ; par l’un de ses généraux et tué. A la mort de Nobunaga, Ieyasu a l’opportunité de s’emparer du pouvoir. Mais, il décide d’attendre. C’est son rival, le grand Toyotomi Hideyoshi qui prend le commandement. Mais lui aussi il meurt avant d’avoir pu unifier le pays. Ces deux grands héros, reposent dans le cimetière le plus célèbre du Japon ; le sanctuaire de Koya-san. L’un a réuni les seigneurs féodaux sous son autorité. L’autre a désarmé la population rurale, pacifiant ainsi le pays.
Pour Ieyasu, l’heure de la victoire a sonné.
Il va enfin pouvoir atteindre son objectif, unifier le Japon, sous son pouvoir absolu. Les longues années de guerre civile, ont fait des Samurais la caste la plus puissante de l’empire. La voie du guerrier est de combattre ! Et les Samurais attendent impatiemment de nouvelles missions.
Dans le Japon moderne, l’ancestrale tradition des Samurais, est toujours bien vivace. Aujourd’hui se sont des hommes d’affaires, et les politiciens qui s’exercent au combat au sabre. Une discipline, qui leur permet de s’entraîner à prendre des décisions rapides. A réagir de façon claire, et a s’adapter aux rythmes internes et externes, de leurs adversaires. Ne faire qu’un avec le sabre, tel est leur objectif. Autrefois, l’arc était réservé aux familles de Samurais les plus nobles. De nos jours, près de cent mille japonais, pratiquent le tir à l’arc. Certains, au sein même de leur entreprise, pendant la pose déjeuné.
Cette discipline, requière une concentration, visant à purifier l’esprit. La flèche au cœur de la cible, reflète l’état intérieur de l’archer, au moment ou il lâche son tir. C’est à ce moment là, qu’il sait, s’il a ou non, atteint son objectif : le vide spirituel. Le tir à l’arc est l’affaire de l’esprit. Le plus important est de parvenir à se concentrer. L’autre point essentiel, c’est l’harmonie. Il ne faut penser à rien, et ne surtout pas se laisser obnubiler par la cible. Pour pratiquer le tir à l’arc dans les règles, il faut tirer, après avoir fait le vide à l’intérieur de soi. Et faire corps avec la cible.
Pour Adams, l’attente et l’incertitude, deviennent insupportables. En mer, il était habitué à prendre, lui-même son destin en main. Ici, sa vie dépend du bon vouloir, d’un souverain étranger. Seul dans sa cellule, il craint chaque jour que se ne soit le dernier.
Onze puissants souverains s’allient contre Ieyasu, afin de préserver le Japon de la tyrannie de l’ancien général en chef. Ils fourbissent leurs armes, pour la plus grande bataille de l’histoire du Japon. Les anciens compagnons de combats de Ieyasu, se préparent eux aussi, à cette bataille décisive.
Appâtés par des mirobolantes promesses, de nouveaux alliers viennent renforcer ses troupes. Le 15 septembre 1600, fera date dans l’histoire du Japon. Afin d’attaquer Ieyasu par surprise, le jeune chef de l’armée adverse, décide de placer en embuscade, ses troupes les plus solides. Les forces de Ieyasu sont bien armées, mais inférieures en nombre.
Cent cinquante cinq mille Samurais, se lancent dans une bataille, qui sera décisive pour l’avenir du Japon.
Le chef adverse, donne le signale de l’attaque surprise ! C’est une défaite. Les troupes, qu’il a placées en embuscade, ont été soudoyées par Ieyasu. Les rivaux du général en chef, essayent malgré tout, d’attaquer les positions de Ieyasu ! Mais ils sont mis en pièce, par ses troupes d’élites. Mousquets et canons, provoquent un véritable bain de sang.
Plus de quarante mille guerriers trouvent la mort, dans la bataille de Sekigahara :
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La bataille de Sekigahara, marque un tournant décisive, dans l’histoire du Japon. Les témoignages de la batailles, écrites par les pères jésuites espagnoles, parlent de canons crachant un feu continu, sur les troupes ennemies. Ces canons ne peuvent provenir que du Leaveday ! Le navire d’Adams. Il a lui-même rapporté, le grand intérêt qu’ Ieyasu a montré pour ces armes. Le chef de guerre, est monté à bord du bateau, et a examiné les canons et les mousquets. Cet arsenal a certainement été utilisé, sur le champ de bataille. Cela a dû être un véritable carnage, face à un adversaire armé de simples épées. A la fin de la journée, les ennemis d’Ieyasu, ont été anéantis. Devenu shôgun, Ieyasu a voulu garder William Adams prêt de lui. Il savait que le marin anglais, s’aurait lui enseigné, à lui et à ses hommes, le maniement des armes.
Quatre vingt sept familles de seigneurs, périssent dans cette bataille, où la plus part des chefs trouvent la mort. Certains sont, immédiatement exécutés. Quant aux survivants, le code d’honneur des Samurais, exige qu’ils ôtent eux même la vie. Certains châteaux forts japonais, possèdent un lieu réservé, à ces suicides rituels : la cours du hara-kiri.
Mais de nombreux princes, préfèrent se suicider, là où ils sont nés. Ce rituel, à l’esthétique très codifié, tire ses origines de valeurs ancestrales. Chaque geste, chaque détail, est déterminé par des règles strictes. Se sont les proches, du samurai, qui accomplissent, les cérémonies de purification. Puis, tranchent la tête de la victime.
La voie du guerrier est de mourir ! Telle est la phrase centrale, du code d’honneur des Samurais.
S’il en est confronté à une alternative ; la vie ou la mort, alors il faut choisir la mort, sans hésiter. Au Japon, le ventre est considéré comme le siège de l’âme. En se faisant hara-kiri, en s’ouvrant le ventre, le samurai ouvre le siège de son âme. Il est donc prêt à montrer, si son âme est souillée, ou pure. Apres avoir été battu lors d’un combat, le héro préfère se donner la mort, plutôt que de se rendre à l’ennemi. Il veut ainsi échapper à la honte de la captivité, sauver son honneur, et donner une dernière preuve, de sa sincérité.
William Adams, attendra la décision de Ieyasu, pendant trente neuf jours. Trois fois, il sera présenté au seigneur, qui veut s’avoir d’avantage, sur les guerres de religions, qui mettent l’Europe, à feu et à sang. En bon stratège, Ieyasu se demande, qui lui sera le plus utile. Finalement, l’anglais lui semble un nouveau partenaire, bien plus prometteur. Une fois au pouvoir, il confira de grandes missions au navigateur. Il lui offre donc la vie, et la liberté ; au Japon. Ieyasu, explique au portugais, qu’il ne veut pas de mêler, des guerres de religions des européens, et que le nouveau venu, n’a fait de taure à personne ! Mais pour Adams, la liberté a un arrière goût amer. Il n’a pas le droit de quitter le pays. Ieyasu a besoin de lui, pour construire un nouveau Japon ; plus puissant.
Apres sa victoire triomphale, il commence à réorganiser l’empire. Dans un premier temps, il a servi les riziculteurs, redistribue leurs terres, et les prive de tous leurs droits. Les leveurs d’impôts, confisquent la moitié de leurs récoltes, et leur laissent à peine de quoi survivre et travailler. Ieyasu, prend ensuite une décision capitale. Dans le plus grand sanctuaire du vieux Japon : Le sanctuaire Ghissé, là où sont entreposées les insignes de l’empreur, Ieyasu demande aux prêtes impériaux, de préparer une cérémonie, qui consacrera de manière officielle, son écrasante victoire sur ses rivaux.
En 1603, il atteint enfin l’objectif, qu’il s’était fixé, il y a plusieurs décennies. Il prend le titre de Shôgun ! La plus haute distinction militaire du Japon. Tokugawa Ieyasu, devient ainsi, le fondateur d’une nouvelle dynastie de souverains. Ieyasu, parviens à réaliser le rêve, que d’innombrables princes, ont fait avant lui : unifier l’empire, sous l’autorité d’un souverain absolu. Sa nomination, marque début, de l’ère des Shôguns Tokugawa. Ses descendants régneront sur le Japon, pendant 264 ans.
Tokugawa Ieyasu, introduit de nombreuses modifications au sein de l’état. L’une des plus importante, consiste à obliger les princes et leurs familles, à vivre à la cour. Une sédentarisation, qui assure au shôgun, un contrôle total de la noblesse, et entraîne la construction de centaines de nouvelles résidences, dans la capitale de l’empire. C’est le début de l’âge d’or d’Edo ; l’actuel Tokyo. Le somptueux château de Ieyasu, domine la nouvelle capitale.
William Adams, a maintenant 39 ans. La culture japonaise, le fascine. Et lui devient plus familière, de jour en jour. Dans ses écrits, le navigateur anglais, raconte qu’il est souvent invité chez le nouveau shôgun ! Un honneur dont les japonais, ne peuvent même pas rêver. Lors de ses visites au souverain, Adams, non sans fierté, relate au shôgun, la grande bataille navale, qui opposa l’Angleterre à l’armada espagnol ! Et pendant laquelle, il combattit, au côté de Sir. Francis DRAK. L’aventurier impressionne le souverain avec ces cartes mystérieuses, ses connaissances géographique et nautique, accumulées lors de son périple. A l’aide de croquis et de cartes, Adams, décrit toute sont aventure au shôgun.
Le 24 juin 1598, forte de cinq navires, la flotte marchante de William Adams, quitte la Hollande. Dès la côte nord Africaine, les vivres commencent à manquer. Sur les îles du Cape-verts, les hommes, essayent en vain de s’approvisionner. Mais, les portugais sont déjà présents. L’amiral de la flotte meurt. Bon nombre de marins, veulent alors faire demi-tour. Mais Adams, réussi à convaincre ses hommes, de poursuivre le voyage. Une grande partie de l’équipage étant malade, les marins doivent, finalement, jeter l’ancre sur la petite île d’Annobon. Par son récit captivant, Adams, réussi à gagner la sympathie du shôgun. Adams lui raconte, les terribles épreuves endurées par l’équipage, lors de la traversée de l’atlantique. Chaque jour, les hommes reçoivent chacun, un quart de livre de pain, et un quart de litre d’eau, seulement. Bon nombre d’entre eux, sont emportés par une mystérieuse maladie. Pour lutter contre la faim, Adams mâche le cuire des mâts ; et les cordages. Sur les cartes hollandaises, le shôgun suit, étape par étape, le parcours fascinant de William Adams : d’abord par l’atlantique, puis le long de la côte sud américaine, et enfin, par le détroit de Magellan. Le bateau d’Adams, atteint l’océan pacifique, avec un équipage, littéralement affamé. Là, il attend le reste de la flotte. Mais en vain. Les autres bateaux ont-ils rebroussé chemin ? On t-ils fait naufrage ? L’équipage a-t-il été victime des cannibales ? Mystère ! Le moral des troupes est au plus bas. Les marins surpris à voler de la nourriture, sont exécutés sur le champ. Pendant des mois, le navire de William Adams, va braver l’océan pacifique, et faire route vers le Japon. Faute de denrées fraîches, les hommes se nourrissent de rats, et de vers. Enfin, un groupe d’îles, apparaît à l’horizon. Mais le capitaine refuse de mettre le cap sur l’archipel. Quelques hommes, sautent alors par dessus bord. Pendant des semaines, Adams essayera en vain, d’arriver à bon port. Et se sera grâce, à un terrible typhon, qu’il s’échouera, finalement sur les côtes rocheuses du Japon, cette terre étrangère mal reportée sur ses cartes.
Le souverain est étonné, de voir l’image qu’ont les européen, du Japon, 50 ans après le débarquement des portugais, dans son empire.
William Adams, est parvenu à trouver le pays de ses rêves, dont il apprend la langue, à une vitesse fulgurante. A Edo, la nouvelle capitale du pays, il assiste à l’apogée de la culture japonaise. Les quelques rares étrangers qui demeurent au Japon, sont profondément impressionnés, par cette civilisation étonnante. Un portugais écrit :
Leurs rites, et leurs cérémonie, sont si éloignés de ceux des autres nations, que les japonais donnent l’impression, de vouloir, à tout prix, être différents des autres. Il est troublant, de voir qu’ici, chaque chose, est l’exact contraire, de ce que l’on trouve en europe. Et pourtant, leurs cérémonies et leurs coutumes, sont aussi raffinées que sensées.
Le bouddhisme, est l’un des fondement de cette culture très développée. Lorsque William Adams, débarque dans l’archipel, l’évolution du Japon est marquée, depuis déjà 1000 ans, par cette religion, importée jadis de Chine. Au Japon, cette forme de bouddhisme, avait donné naissance, à des écoles rivales. Dont certaines, avaient même essayer d’imposer leurs convictions ; par le sabre ! Chaque cloître, est un empire en soi. Les moines possèdent d’immenses terres, qui sont exploitées, par des milliers de paysans. Un empereur japonais, aurait dit un jour :
Bien que je sois le souverain du Japon, il y a encore trois choses, qui échappent à mon contrôle. Les rapides du fleuves kamo, les D lancés au jeu, et les moines dans les montagnes.
Les Samurais sont formés, dans ces cloîtres Zen. Des lieux, où on leur enseigne la discipline, la rigueur et la méditation. Pour les jeunes guerriers, les grands prêts sont de exemples ! Des hommes, à l’esprit inflexible ! Purs et droits ! Bouddhiste convaincu, le shôgun, reconnaît bien vite, que l’esprit Zen, transmet à ces adeptes, le contrôle de soi, et le mépris de la mort : les vertus du Samurai. Voila pourquoi, toute sa vie, il soutiendra les bouddhistes.
William Adams, est à présent, totalement immergé, dans cette culture fascinante. Pourtant, l’envie de retourner chez lui, ne le quitte pas. A maintes reprises, il demande au shôgun, la permission de se rentre en Angleterre, pour voir sa femme et ses deux enfants. Mais le souverain, demeure inflexible. Car Ieyasu, a besoin du navigateur anglais, pour construire des bateaux, capables de naviguer en haute mer. Le shôgun, veut se constituer une flotte, qui puisse mettre le cap sur les Philippines et le Mexique. Avant d’être navigateur, Adams avait appris la construction navale. Il accepte donc la proposition du shôgun, dans l’espoir secret, de pouvoir un jour, retourner en Angleterre abord d’un navire, construit pas ses soins.
William Adams, apprend au gouvernement de Tokugawa, les traditions européennes, et des techniques, qui étaient encore peu connues au Japon : géographie, artillerie, charpenterie maritime. William Adams est vraiment d’une aide précieuse, pour Ieyasu et son gouvernement. Il a montré aux japonais comment construire des bateaux : Il leur a fait creuser une tranchée dans le sable, puis élevé une digue. On construisait alors la charrette du navire, et quand il était en état de flotter, on ouvrait la digue. L’eau montait dans la tranchée, et le bateau pouvait directement rejoindre le large.
William Adams, parvient donc à construire son propre navire. Mais un retour au pays, semble de plus en plus improbable. Par tous les moyens, le shôgun tente de le retenir au Japon. Il va même jusqu’à lui présenter, les plus jolies jeunes femmes de sa cour, lors de diverses cérémonies. A l’origine, la cérémonie du thé, avait lieu en plein air. Initiée par les maîtres Zen, elle se déroule selon un rituel très strict. Les ustensiles utilisés, sont des objets anciens, aussi précieux que le sabre des samurais. Leur manipulation, obéit à des règles bien déterminées : simplicité, beauté et pureté, constituent l’essence même de cette cérémonie.
La méditation aussi, est une cérémonie, qui permet d’atteindre un état de sérénité. Selon un grand maître Zen, l’objectif de la méditation, est de purifier les sens, jusqu’à ce que l’âme soit, elle aussi, sans taches. Pour lier Adams, un peu plus encore au Japon, en guise de reconnaissance, pour ces bons et loyaux services, le shôgun, offre à son précieux conseiller et constructeur navale, un vaste domaines comprends plusieurs villages. Adams, règne à présent, sur plus de quatre vingt dix familles : des cerfs, qui sont tous à son service.
Pour les portugais, la bonne fortune de l’anglais et des hollandais, devient un véritable cauchemar. Plus d’une vingtaine de navires hollandais, sont entre temps, parvenus en extrême orient, par des routes maritimes différentes. Des navires qui pillent les comptoirs portugais, et mettent le grappin sur les bateaux de commerce, chargés de précieuses marchandises.
La situation devient particulièrement critique, pour les jésuites implantés au Japon. Car leur principal intermédiaire auprès du shôgun, perd chaque jour, un peu plus d’influence, au profit de William Adams. De leur comptoir en Chine, les nouvelles qu’ils reçoivent, sont encore pires. A Macao en Chine, l’un des bateaux qui doit se rendre au Japon, pour le compte des jésuites, est chargé de marchandises précieuses, d’une valeur totale de quatre cent mille ducats d’or. Mais la nuit, précédent son départ, les gardes abord du navire, sont bien peu nombreux. Une aubaine pour les hollandais, qui à la faveur de la nuit, disparaissent avec toute la cargaison. La mission est au bord de la faillite financière. Elle perd deux autres navires.
Résigné, l’un des prête écrit à Rome : De Makoa autrefois si prospère, il ne reste plus d’un champs de ruine.
Et c’est sur les ruines, du monopole portugais, que les hollandais bâtissent leur empire commercial. William Adams, leur sert de médiateur. Dans le plus grand secret, il organise au Japon, la vente des marchandises pillées, par les navires hollandais. Une activité à risque, puisque le commerce de produits étranger, est à l’époque, sévèrement contrôlé par le shôgun. A l’époque, seules certaines marchandises, bien spécifiques, peuvent être importés au Japon, et vendus à des prix, eux aussi, bien déterminés. Venue de Chine, la soie est l’article le plus importé dans l’archipel. Un produit qui rapporte d’énorme bénéfice, à ses négociants. En coulisse, Adams supervise ce marché noir, et s’efforce d’obtenir du shôgun, une autorisation officielle de commerce, pour les hollandais. Le souverain semble approuver tacitement, les activités de son conseiller. Il s’apprête, d’ailleurs, à rendre un insigne honneur, à son protéger :
Des maîtres forgerons, ont revêtu leur toge blanche ! Après avoir accompli un rituel de purification corporel, ils se rendent dans un temple Shintoïste. Là, ils prient les dieux, de leur accorder, la réussite du sabre, qu’ils doivent forger pour Meiji-Kji ! Le navigateur de Meiji. Comme les japonais ont, affectueusement, surnommé Adams.
Au japon à cette époque là, la forge d’un sabre, est à la fois un acte religieux, et une réalisation artisanale : technique et artistique, d’une perfection absolue ! Souvent, les prêtes Shintos, assistent à cette opération, et parfois même, l’empereur en personne. L’acier brut est porté à blanc, dans un feu de forge, alimenté par du charbon de bois, à base de pain. Pour estimer que la bonne température est atteinte, le maître forgeron, ne se fie qu’à l’aspect de l’acier incandescent. Selon une ancienne règle japonaise, il doit avoir la couleur de la lune, lorsqu’elle s’élève dans le ciel, un soir de juin. Pendant deux semaines, la pièce est pliée, aplatie, étirée, élargie, et frappée par les maîtres forgerons. Ce processus, extrêmement complexe, donne finalement naissance, à une longue enveloppe en acier, constituée de plusieurs milliers de couches d’acier dures, enrobant un cœur d’acier plus doux. Une spécificité, qui confère à la lame du sabre japonais, souplesse et dureté incroyable. Au japon, ces sabres se transmettent de génération en génération, et portent souvent, le nom de puissances surnaturelles, ou de phénomènes naturelles. Les sabres de samurai, doivent répondre à des critères de qualité très particuliers, bien connus du maître forgeron.
C’est l’un des moments fort de l’histoire du japon. Les aventures de ce britannique, rejeté par les flots sur les cotes de l’empire, semblent tout droit sorties d’un conte, de milles et une nuit. Car en quelques années seulement, le prisonnier William Adams, est parvenu à devenir, le conseiller du plus puissant shôgun japonais. Les lettres de Williams Adams, archivée à la British Library de Londres, relatent la vie d’un simple marin, qui à poser les bases, des empires commerciaux Hollandais et Anglais. William Adams, sera le premier européen, a être admis dans la classe des samurais. Son puissant bienfaiteur, l’honore d’une paire de sabre japonais.
Après avoir été intégré dans la puissante caste des guerriers, Adams, épouse la fille d’un riche samurai. Cette japonaise lui donnera deux enfants, que William Adams et sa nouvelle épouse, élèveront dans leur immense propriété, à Meiji, non loin d’Edo. Adams, met à profit ses relations privilégiées avec le shôgun, et devient le plus influent médiateur, entre les comptoirs de commerce étrangers et les japonais. Même mes espagnoles et le portugais, doivent avoir recours à ses services. Les jésuites, étant à présent incapables de les aider.
Le Japon est devenue la nouvelle patrie de William Adams. Une intégration, qu’il doit à ses succès personnels et commerciaux. C’est avec beaucoup d’humanisme, qu’Adams décrit dans ses lettres, la société qui l’a accepté :
Les habitants du Japon sont bienveillants, extrêmement polis et courageux au combat. Se sont des gens très superstitieux, qui on une conception étonnante de la religion. Je crois qu’aucun autre pays au monde, n’est mieux gouverné que le Japon.
Avec la perte de leur influence à la cour, la situation devient de plus en plus difficile, pour les chrétiens Japon. Lorsqu’en signe de protestation, des milliers de croyants, assistent en silence, à l’exécution de leurs frères de foi, le shôgun envisage d’interdire le christianisme. Bon nombre de chrétiens se cachent alors pour prier. C’est dans ce contexte déjà difficile, qu’un émissaire espagnol, se présente devant le shôgun. Passant outre les formalités en usage à la cour, l’espagnol exige l’expulsion immédiate, des hollandais et des anglais ! Et demande l’autorisation de mesurer la côte japonaise. Cet affront, sonnera le glas de l’aire chrétienne au Japon.
Craignant une invasion espagnole, Ieyasu interdit la foi catholique et fait expulser tous les missionnaires. Les chrétiens japonais, doivent se faire inscrire, sur les registres du temple bouddhique, et fouler la croix au pied. Ceux qui refusent, sont exécutés.
Des milliers de croyants sont alors persécutés. Une répression qui se poursuivra pendant plusieurs décennies, sous le règne des successeurs de Ieyasu. Beaucoup de victimes sont enterrées secrètement. Même les sépultures chrétiennes, ne sont plus tolérées au Japon. Aujourd’hui encore, les archéologues continuent à découvrir, des tombes sans nom, marquées d’une simple croix. Ces objets de culte, datant d’une époque plus tardive, prouvent que pendant plusieurs générations, de nombreux japonais sont restés secrètement fidèles à la fois chrétienne. Sur l’île d’Amakusa, dans l’extrême sud du pays, on trouve aujourd’hui encore, les descendants des familles japonais, restées chrétienne, malgré les persécutions. La plus part de ces crypto chrétiens, ont conservé chez eux, les témoignage du culte que leurs ancêtres, rendaient en secret à Dieu. La maison de Yamashita Yiroshike, abrite une petite pièce, que sa famille a pu caché aux autorités pendant deux cent ans.
Tokugawa Ieyasu, meurt à l’âge de 75 ans. A sa mort, il est déclaré dieu. Mais ses fils, lui dressent un gigantesque mausolée à Mito.
Ce sanctuaire, où Ieyasu est vénéré comme un dieu, est l’exemple le plus spectaculaire, d’une architecture symbolisant la puissance. Ce shôgun, entre dans l’histoire, comme le plus grand souverain du Japon. L’unificateur de l’empire. Celui qui réorganisa le pays, le stabilisa, et lui assura deux cent soixante cinq années de paix. A l’origine, le shôgun était un chef militaire, dont le mandat ne durait que quelques années. Mais par son courage, sa sagesse et son intelligence, le général Ieyasu a donné à ce titre, une dimension de chef d’état. Tokugawa Ieyasu est devenu, Le shôgun de l’histoire japonaise.
En 1620, la veuve de William Adams, pose un petit lampion, sur l’un des lacs de son domaine. Dessus, elle a inscrit le nom de son défunt mari, dont elle invite là, à un dialogue méditatif. William Adams est mort subitement, à l’age de 56 ans.
Sa rencontre avec le shôgun avait transformé l’infatigable pirate européen, en samurai sédentaire, et conseiller influent. Son rôle de médiateur, entre les cultures orientales et occidentales, eu ceci de tragique, qu’il sonna le glas de l’influence européenne au Japon. Le navigateur de Miura, repose là où il s’échoua autrefois, sur l’archipel japonais, le regard tourné vers la mer.
Les archives du Guildhall à Londres, abritent des centaines de millier de testament et de documents, qui témoignent du passé le plus lointain de Londres. C’est ici, qu’au cours de ses recherches, pour son livre intitulé samurai William, Jayce Milton a retrouvé le testament de William Adams.
Je soussigné, William Adams, marin de mon état, ayant passé près de vingt années au Japon, déclare être, Dieu en soi loué, en pleine possession de mes moyens intellectuelles, malgré la maladie qui me ronge. Ceci est mon testament.
Le testament de William Adams a été rapporté en Angleterre en 1620. Il nous apprend qu’il n’a pas gagné de grosses sommes d’or ou d’argent au Japon. Sa richesse se trouve immobilisée dans ce pays. Dans les terres que le shôgun lui a octroyées. Le parcours de ce modeste marin, originaire des docks de Londres, est tout à fait exceptionnel. Il a reçu en cadeau du shôgun, de vastes domaines. Et il est devenu son traduction et un conseillé. Mais plus incroyable encore, il est parvenu à s’adapter à la mentalité japonaise.
Et c’est pour cette raison qu’il est tellement respecté. Il est le seul intermédiaire entre le shôgun, et les marchants européens au Japon. A la mort d’Adams, il n’y a plus personne pour transmettre leurs messages à la cour. Tous les marchants, tous les européens, sont chassés du Japon, qui va devenir un pays fermé, pour les deux cent cinquante ans avenir.
Documentaire de Bernd Liebner
(Allemagne, 2004, 52mn)
Coproduction : ZDF, ARTE
Diffusé par ART le samedi, 23 février 2008 à 21h50
Résumé :
Le 20 avril 1600, un bateau s’échoue sur les côtes du Japon. Il y a plusieurs survivants, néerlandais et britanniques, parmi lesquels l’Anglais William Adams. Tous protestants, ils sont vus d’un mauvais oeil par les marchands et missionnaires portugais catholiques, qui ont fait des îles japonaises leur zone d’influence. Ils demandent donc au shogun leur exécution. Contre toute attente, celui-ci décide de les épargner. William Adams apprend alors la langue du pays et devient rapidement un personnage important. Nommé conseiller en politique extérieure, il est bientôt l’un des familiers du shogun et se voit même admis dans la classe des samouraïs…
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